Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/212

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preuves fournir à la prévention, à ce maudit jury si méticuleux, si formaliste et si poltron ? Qu’imaginer pour forcer à se découvrir un homme fort, parfaitement sur ses gardes, couvert par sa position et sans doute par ses précautions prises ? Quel traquenard préparer, à quel stratagème neuf et infaillible avoir recours ?

Le volontaire de la police s’épuisait en combinaisons subtiles mais impraticables, toujours arrêté par cette fatale légalité si nuisible aux emplois des chevaliers de la rue de Jérusalem.

Il s’appliquait si fort à ses conceptions, tantôt ingénieuses et tantôt grossières, qu’il n’entendit pas ouvrir la porte du cabinet et ne s’aperçut nullement de la présence du juge d’instruction.

Il fallut, pour l’arracher à ses problèmes, la voix de M. Daburon, qui disait avec un accent encore ému :

— Vous m’excuserez, monsieur Tabaret, de vous avoir laissé si longtemps seul.

Le bonhomme se leva pour dessiner un respectueux salut de 45 au degré.

— Ma foi ! monsieur, répondit-il, je n’ai pas eu le loisir de m’apercevoir de ma solitude.

M. Daburon avait traversé la pièce et était allé s’asseoir en face de son agent, devant un guéridon encombré des papiers et des documents se rattachant au crime. Il paraissait très-fatigué.