Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/214

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Le moment d’agir arrivait. Il mesurait la distance incommensurable qui sépare l’idée du fait, la décision de l’acte.

— Vous êtes prompt, monsieur Tabaret, fit-il, vous ne connaissez pas d’obstacles.

— Puisqu’il est coupable ! Je le demanderai à monsieur le juge, qui aurait commis ce crime sinon lui ? Qui avait intérêt à supprimer la veuve Lerouge, son témoignage, ses papiers, ses lettres ? Lui, uniquement lui. Mon Noël, qui est bête comme un honnête homme, l’a prévenu : il a agi. Que sa culpabilité ne soit pas établie, il reste plus Commarin que jamais, et mon avocat est Gerdy jusqu’au cimetière.

— Oui, mais…

Le bonhomme fixa sur le juge un regard stupéfait.

— Monsieur le juge voit donc des difficultés ? demanda-t-il.

— Eh ! sans doute ! répondit M. Daburon ; cette affaire est de celles qui commandent la plus grande circonspection. Dans des cas pareils à celui-ci, on ne doit frapper qu’à coup sûr, et nous n’avons que des présomptions… les plus concluantes, je le sais, mais enfin des présomptions. Si nous nous trompions ! La justice, malheureusement, ne peut jamais réparer complètement ses erreurs. Sa main posée injustement sur un homme laisse une empreinte qui