Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/216

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avoir dans son filet des tas de petits poissons, mais on ne se soucie pas des gros. Les gros sont dangereux, on les lâcherait volontiers…

— Peut-être, dit à haute voix M. Daburon, peut-être suffirait-il d’un mandat de perquisition et d’un autre de comparution.

— Alors tout est perdu ! s’écria le père Tabaret.

— En quoi, s’il vous plaît ?

— Hélas ! monsieur le juge le sait mieux que moi, qui ne suis qu’un pauvre vieux. Nous sommes en face de la préméditation la plus habile et la plus raffinée. Un hasard miraculeux nous a mis sur la trace de l’ennemi. Si nous lui laissons le temps de respirer, il nous échappe.

Le juge, pour toute réponse, inclina la tête, peut-être en signe d’assentiment.

— Il est évident, continua le père Tabaret, que notre adversaire est un homme de première force, d’un sang-froid surprenant, d’une habileté consommée. Ce gaillard-là doit avoir tout prévu, tout absolument, jusqu’à la possibilité improbable d’un soupçon s’élevant jusqu’à lui. Oh ! ses précautions sont prises. Si monsieur le juge se contente d’un mandat de comparution, le gredin est sauvé. Il comparaîtra tranquille comme Baptiste, absolument comme s’il s’agissait d’un duel. Il nous arrivera nanti du plus magnifique alibi qui se puisse voir, d’un alibi irrécusable. Il va prouver qu’il a passé la soirée