Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/217

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et la nuit de mardi et de mercredi avec les personnages les plus considérables. Il aura dîné avec le comte Machin, joué avec le marquis Chose, soupé avec le duc Untel ; la baronne de Ci et la vicomtesse de Là ne l’auront pas perdu de vue une minute… Enfin, le coup sera si bien monté, tous les trucs joueront si bien, qu’il faudra lui ouvrir la porte, et encore lui présenter des excuses sur l’escalier. Il n’est qu’un moyen de le convaincre, c’est de le surprendre par une rapidité contre laquelle il est impossible qu’il soit en garde. On doit tomber chez lui comme la foudre, l’arrêter au réveil, l’entraîner encore tout abasourdi, et l’interroger là, sur-le-champ, hic et nunc, tout chaud encore de son lit. C’est la seule chance qu’il soit de surprendre quelque chose. Ah ! que ne suis-je, pour un jour, juge d’instruction !

Le père Tabaret s’arrêta court, saisi de la crainte de manquer de respect au magistrat. Mais M. Daburon n’avait nullement l’air choqué.

— Poursuivez, dit-il d’un ton encourageant, poursuivez.

— Donc, reprit le bonhomme, je suis juge d’instruction. Je fais arrêter mon bonhomme, et vingt minutes plus tard il est dans mon cabinet. Je ne m’amuse point à lui poser des questions plus ou moins captieuses. Non. Je vais droit au but. Je l’accable tout d’abord du poids de ma certitude. Quel pavé ! Je lui prouve que je sais tout, si évidemment,