Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/219

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et dispos. C’est bien joué. Seulement vous avez compté sans deux adversaires, un agent de police assez madré, surnommé Tirauclair, et un autre plus capable encore, qui a nom le hasard. À eux deux, ils vous font perdre la partie. D’ailleurs, vous avez eu le tort de porter des bottes trop fines, de conserver vos gants gris-perle, et de vous embarrasser d’un chapeau de soie et d’un parapluie. Maintenant, avouez, ce sera plus court et je vous donnerai la permission de fumer dans votre prison de ces excellents trabucos que vous aimez et que vous brûlez toujours avec un bout d’ambre.

Le père Tabaret avait grandi de deux pouces tant était grand son enthousiasme. Il regarda le magistrat comme pour quêter un sourire approbateur.

— Oui, continua-t-il après avoir repris haleine, je lui dirais cela et non autre chose. Et, à moins que cet homme ne soit mille fois plus fort que je ne le suppose, à moins qu’il ne soit de bronze, de marbre, d’acier, je le verrais à mes pieds et j’obtiendrais un aveu…

— Et s’il était de bronze, en effet, dit M. Daburon, s’il ne tombait pas à vos pieds ! Que feriez-vous ?

La question, évidemment, embarrassa le bonhomme.

— Dame ! balbutia-t-il, je ne sais, je verrais, je chercherais… mais il avouerait.