Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/220

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Après un assez long silence, M. Daburon prit une plume et écrivit quelques lignes à la hâte.

— Je me rends, dit-il. M. Albert de Commarin va être arrêté, c’est maintenant décidé. Mais les formalités et les perquisitions prendront un certain temps qui, d’un autre côté, m’est nécessaire. Je veux interroger, avant le prévenu, son père, le comte de Commarin, et encore ce jeune avocat, votre ami, M. Noël Gerdy. Les lettres qu’il possède me sont indispensables.

À ce nom de Gerdy, la figure du père Tabaret s’assombrit et exprima la plus comique inquiétude.

— Sapristi ! exclama-t-il, voilà ce que je redoutais.

— Quoi ? demanda M. Daburon.

— Eh ! la nécessité des lettres de Noël. Naturellement, il va savoir qui a mis la justice sur les traces du crime. Me voilà dans de beaux draps. C’est à moi qu’il devra la reconnaissance de ses droits, n’est-ce pas ? Pensez-vous qu’il m’en sera reconnaissant ! Point, il me méprisera. Il me fuira quand il saura que Tabaret, rentier, et Tirauclair, l’agent, se coiffent dans le même bonnet de coton. Pauvre humanité ! Avant huit jours mes plus vieux amis me refuseront la main. Comme si ce n’était pas un honneur de servir la justice !… Je vais être réduit à changer de quartier, à prendre un faux nom…

Il pleurait presque, tant sa peine était grande. Le magistrat en fut touché.