Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/226

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quer que ce changement, trop rapide pour ne pas être des plus sensibles, était survenu le dimanche matin, à la suite de la visite d’un certain sieur Gerdy, avocat, lequel était resté près de trois heures dans la bibliothèque.

Le vicomte, gai comme un pinson à l’arrivée de ce personnage, avait, à sa sortie, l’air d’un déterré, et il n’avait plus quitté cette mine affreuse.

Au moment de se faire conduire au chemin de fer, le vicomte paraissait se traîner avec tant de peine, que M. Lubin, son valet de chambre, l’exhorta beaucoup à ne pas sortir. S’exposer au froid, c’était commettre une imprudence gratuite. Il serait plus sage à lui de se coucher et d’avaler une bonne tasse de tisane.

Mais le comte de Commarin n’entendait point raillerie sur le chapitre des devoirs filiaux. Il était homme à pardonner à son fils les plus incroyables folies, les pires débordements, plutôt que ce qu’il appelait un manque de révérence. Il avait annoncé son arrivée par le télégraphe vingt-quatre heures à l’avance, donc l’hôtel devait être sous les armes, donc l’absence d’Albert à la gare l’eût choqué comme la plus outrageante des inconvenances.

Le vicomte se promenait depuis cinq minutes dans la salle d’attente quand la cloche signala l’arrivée du train. Bientôt les portes qui donnent sur le quai s’ouvrirent et furent encombrées de voyageurs.