Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/229

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En apercevant son père, Albert s’avança vers lui avec empressement. Ils se serrèrent la main, s’embrassèrent d’un air aussi noble que cérémonieux, et en moins d’une minute expédièrent la phraséologie banale des informations de retour et des compliments de voyage.

Alors seulement M. de Commarin parut s’apercevoir de l’altération, si visible, du visage de son fils.

— Vous êtes souffrant, vicomte ? demanda-t-il.

— Non, monsieur, répondit laconiquement Albert.

Le comte fit un : « Ah ! » accompagné d’un certain mouvement de tête, qui était chez lui comme un tic et exprimait la plus parfaite incrédulité ; puis il se retourna vers son domestique et lui donna brièvement quelques ordres.

— Maintenant, reprit-il en revenant à son fils, rentrons vite à l’hôtel. J’ai hâte de me sentir chez moi, et de plus je mangerai avec plaisir, n’ayant rien pris aujourd’hui qu’une tasse de détestable bouillon, à je ne sais quel buffet.

M. de Commarin arrivait à Paris d’une humeur massacrante. Son voyage en Autriche n’avait pas amené les résultats qu’il espérait.

Pour comble, s’étant arrêté chez un de ses anciens amis, il avait eu avec lui une discussion si violente qu’ils s’étaient séparés sans se donner la main.