Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/230

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À peine installé sur les coussins de sa voiture, qui partit au galop, le comte ne put s’empêcher de revenir sur ce sujet qui lui tenait fort à cœur.

— Je suis brouillé avec le duc de Sairmeuse, dit-il à son fils.

— Il me semble, monsieur, répondit Albert sans la moindre intention de raillerie, que c’est ce qui ne manque jamais d’arriver lorsque vous restez plus d’une heure ensemble.

— C’est vrai, mais cette fois c’est définitif. J’ai passé quatre jours chez lui dans un état inconcevable d’exaspération. Maintenant, je lui ai retiré mon estime. Sairmeuse, vicomte, vend Gondresy, une des belles terres du nord de la France. Il coupe les bois, il met à l’encan le château où il est, une demeure princière qui va devenir une sucrerie. Il fait argent de tout, pour augmenter, à ce qu’il dit, ses revenus, pour acheter de la rente, des actions, des obligations !…

— Et c’est la raison de votre rupture ? demanda Albert sans trop de surprise.

— Sans doute. N’est-elle pas légitime ?

— Mais, monsieur, vous savez que le duc a une famille nombreuse, il est loin d’être riche.

— Et ensuite ! reprit le comte. Qu’importe cela ? On se prive, monsieur, on vit de sa terre sur sa terre, on porte des sabots tout l’hiver, on fait donner de l’éducation à son aîné seulement, et on ne vend pas.