Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/26

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lui-là sûrement était le coupable. On se souvenait de son air féroce, qui avait effrayé tout le pays. Beaucoup, frappés de sa mise suspecte, l’avaient sagement évité. Il avait un soir menacé une femme et un autre jour battu un enfant. On ne pouvait désigner ni l’enfant ni la femme, mais n’importe, ces actes de brutalité étaient de notoriété publique.

M. Daburon désespérait de faire jaillir la moindre lumière, lorsqu’on lui amena une épicière de Bougival chez qui se fournissait la victime, et un enfant de treize ans, qui savaient, assurait-on, des choses positives.

L’épicière comparut la première. Elle avait entendu la veuve Lerouge parler d’un fils à elle, encore vivant.

— En êtes-vous bien sûre ? insista le juge.

— Comme de mon existence, répondit l’épicière, même que, ce soir-là, c’était un soir, elle était, sauf votre respect, un peu ivre. Elle est restée dans ma boutique plus d’une heure.

— Et elle disait ?

— Il me semble la voir encore, continua la marchande, elle était accotée sur le comptoir près des balances, elle plaisantait avec un pêcheur de Marly, le père Husson, qui peut vous le répéter, et elle l’appelait marin d’eau douce. Mon mari à moi, disait-elle, était marin, lui, mais pour de bon, et la preuve, c’est qu’il restait des années en voyage, et toujours