Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/27

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il me rapportait des noix de coco. J’ai un garçon qui est marin, comme défunt son père, sur un vaisseau de l’État.

— Avait-elle prononcé le nom de son fils ?

— Pas cette fois-là, mais une autre, qu’elle était, si j’ose dire, très-soûle. Elle nous a conté que son garçon s’appelait Jacques et qu’elle ne l’avait pas vu depuis très-longtemps.

— Disait-elle du mal de son mari ?

— Jamais. Seulement elle disait que le défunt était jaloux et brutal, bon homme au fond, et qu’il lui faisait une vie pitoyable. Il avait la tête faible et se forgeait des idées pour un rien. Enfin il était bête par trop d’honnêteté.

— Son fils était-il venu la voir depuis qu’elle habitait La Jonchère ?

— Elle ne m’en a pas parlé.

— Dépensait-elle beaucoup chez vous ?

— C’est selon. Elle nous prenait pour une soixantaine de francs par mois, quelquefois plus, parce qu’elle voulait du cognac vieux. Elle payait comptant.

L’épicière, ne sachant plus rien, fut congédiée.

L’enfant qui lui succéda appartenait à des gens aisés de la commune. Il était grand et fort pour son âge. Il avait l’œil intelligent, la physionomie éveillée et narquoise. Le juge ne sembla nullement l’intimider.