Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/28

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— Voyons, mon garçon, lui demanda le juge, que sais-tu ?

— Monsieur, l’autre avant-hier, le jour du dimanche-gras, j’ai vu un homme sur la porte du jardin de madame Lerouge.

— À quel moment de la journée ?

— De grand matin, j’allais à l’église pour servir la seconde messe.

— Bien ! fit le juge, et cet homme était un grand brun, vêtu d’une blouse…

— Non, monsieur, au contraire, celui-là était petit, court, très-gros et pas mal vieux.

— Tu ne te trompes pas ?

— Plus souvent ! répondit le gamin. Je l’ai envisagé de près, puisque je lui ai parlé.

— Alors, voyons, raconte-moi cela.

— Donc, monsieur, je passais, quand je vois ce gros-là sur la porte. Il avait l’air vexé, oh ! mais vexé comme il n’est pas possible. Sa figure était rouge, c’est-à-dire violette jusqu’au milieu de la tête, ce qui se voyait très-bien, car il était tête nue et n’avait plus guère de cheveux.

— Et il t’a parlé le premier.

— Oui, monsieur. En m’apercevant, il m’a appelé : — « Eh ! petit ! » Je me suis approché. — Voyons, me dit-il, tu as de bonnes jambes ? » Moi je réponds : — « Oui. » Alors il me prend l’oreille, mais sans me faire de mal, en me disant : — « Puisque