Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/297

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la portée de ses auditeurs, de façon à les frapper également l’un et l’autre, avec une forme différente.

Au père Tabaret, esprit vulgaire, l’exagération de la colère ; à M. Daburon, intelligence supérieure, l’exagération de la modération.

Autant il s’était révolté contre une injuste destinée, autant il semblait s’incliner, armé de résignation devant une aveugle fatalité.

Avec une réelle éloquence et un bonheur rare d’expressions, il exposa sa situation au lendemain de sa découverte, sa douleur, ses perplexités, ses doutes.

Pour étayer sa certitude morale, il fallait un témoignage positif. Pouvait-il espérer celui du comte ou de madame Gerdy, complices intéressés à taire la vérité ? Non. Mais il comptait sur celui de sa nourrice, pauvre vieille qui l’affectionnait et qui, arrivée au terme de sa vie, était heureuse de décharger sa conscience d’un aussi lourd fardeau. Elle morte, les lettres devenaient comme un chiffon entre ses mains.

Puis il passa à son explication avec madame Gerdy et fut pour le juge plus prodigue de détails que pour son vieux voisin.

Elle avait, dit-il, tout nié d’abord, mais il donna à entendre que, pressée de questions, accablée par l’évidence, dans un moment de désespoir, elle avait avoué, déclarant toutefois que cet aveu elle le ré-