Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/312

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M. Daburon jugeait impardonnable la conduite du comte de Commarin : aussi s’était-il formellement promis de ne pas lui ménager le blâme.

Il pensait voir arriver un grand seigneur hautain, presque intraitable, et il s’était juré de faire tomber toute sa morgue.

Peut-être le plébéien traité de si haut jadis par la marquise d’Arlange gardait-il, sans s’en douter, un grain de rancune contre l’aristocratie.

Il avait vaguement préparé certaine allocution un peu plus que sévère qui ne pouvait manquer d’atterrer le vieux gentilhomme et de le faire rentrer en lui-même.

Mais voilà qu’il se trouvait en présence d’un si immense repentir, que son indignation se changeait en pitié profonde, et qu’il se demandait comment adoucir cette douleur.

— Écrivez, monsieur, poursuivait le comte avec une exaltation dont on ne l’eût pas cru capable dix minutes plus tôt, écrivez mes aveux sans y retrancher rien. Je n’ai plus besoin de grâce ni de ménagements. Que puis-je craindre désormais ? La honte n’est-elle pas publique ! Ne faudra-t-il pas dans quelques jours que moi, le comte Rhéteau de Commarin, je paraisse devant le tribunal pour proclamer l’infamie de notre maison ! Ah ! tout est perdu, maintenant, même l’honneur ! Écrivez, monsieur, ma volonté est que tout le monde sache que je fus le