Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/313

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premier coupable. Mais on saura aussi que déjà la punition avait été terrible, et qu’il n’était pas besoin de cette dernière et mortelle épreuve.

Le comte s’arrêta pour rassembler et condenser ses souvenirs. Il reprit ensuite d’une voix plus ferme et qui trouvait ses vibrations à mesure qu’il parlait :

— À l’âge qu’a maintenant Albert, monsieur, mes parents me firent épouser, malgré mes supplications, la plus noble et la plus pure des jeunes filles. Je l’ai rendue la plus infortunée des femmes. Je ne pouvais l’aimer. J’éprouvais alors la plus vive passion pour une maîtresse qui s’était donnée à moi sage et que j’avais depuis plusieurs années. Je la trouvais adorable de beauté, de candeur et d’esprit. Elle se nommait Valérie. Tout est mort en moi, monsieur ; eh bien ! ce nom, quand je le prononce, me remue encore. Malgré mon mariage, je ne pus me résigner à rompre avec elle. Je dois dire qu’elle le voulait. L’idée d’un partage honteux la révoltait. Sans doute elle m’aimait alors. Nos relations continuèrent. Ma femme et ma maîtresse devinrent mères presque en même temps. Cette coïncidence éveilla en moi l’idée funeste de sacrifier mon fils légitime à mon bâtard. Je communiquai ce projet à Valérie. À ma grande surprise, elle le repoussa avec horreur. En elle déjà l’instinct de la maternité s’était éveillé, elle ne voulait pas se séparer de son enfant. J’ai conservé, comme un mo-