Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/330

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Le comte et Noël n’étaient pas encore parvenus à l’extrémité. Ils allaient lentement.

Le comte paraissait se traîner pesamment et avec peine ; l’avocat, lui, marchait à petits pas, légèrement incliné du côté du vieillard, et tous ses mouvements étaient empreints de la plus vive sollicitude.

Le juge resta à son poste jusqu’à ce qu’il les eut perdus de vue au tournant de la galerie. Puis il regagna sa place en poussant un profond soupir.

— Du moins, pensa-t-il, j’aurai contribué à faire un heureux. La journée ne sera pas complètement mauvaise.

Mais il n’avait pas de temps à donner à ses réflexions, les heures volaient. Il tenait à interroger Albert le plus promptement possible, et il avait encore à recevoir les dépositions de plusieurs domestiques de l’hôtel Commarin, et à entendre le rapport du commissaire de police chargé de l’arrestation.

Les domestiques cités, qui depuis longtemps attendaient leur tour, furent, sans retard, introduits successivement. Ils n’avaient guère d’éclaircissements à donner, et pourtant tous les témoignages étaient autant de charges nouvelles. Il était aisé de voir que tous croyaient leur maître coupable.

L’attitude d’Albert depuis le commencement de cette fatale semaine, ses moindres paroles, ses gestes les plus insignifiants furent rapportés, commentés, expliqués.