Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/331

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L’homme qui vit au milieu de trente valets est comme un insecte dans une boîte de verre sous la loupe d’un naturaliste.

Aucun de ses actes n’échappe à l’observation, à peine peut-il avoir un secret, et encore, si on ne devine quel il est, au moins sait-on lorsqu’il en a un. Du matin au soir il est le point de mire de trente paires d’yeux intéressés à étudier les plus imperceptibles variations de sa physionomie.

Le juge eut donc en abondance ces futiles détails qui ne paraissent rien d’abord, et dont le plus infime peut tout à coup, à l’audience, devenir une question de vie ou de mort.

En combinant les dépositions, en les rapprochant, en les coordonnant, M. Daburon put suivre son prévenu heure par heure, à partir du dimanche matin.

Le dimanche donc, aussitôt après la retraite de Noël, le vicomte avait sonné pour donner l’ordre de répondre à tous les visiteurs qui se présenteraient qu’il venait de partir pour la campagne.

De ce moment, la maison entière s’était aperçue qu’il était « tout chose, » vivement contrarié ou très-indisposé.

Il n’était pas sorti de la journée de sa bibliothèque, et s’y était fait servir à dîner. Il n’avait pris à ce repas qu’un potage et un très-mince filet de sole au vin blanc.

En mangeant, il avait dit à M. Courtois, le maître