Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/341

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— C’est selon, répondit le vieil agent, il faudra voir. Lecoq m’a dit que c’est un rude mâtin.

— Tiens ! voilà monsieur qui arrange son lit et qui se couche. Voudrait-il dormir, par hasard ? Elle serait bonne celle-là ! Ce serait la première fois que je verrais ça !

— C’est que vous n’avez eu de relations qu’avec des coquins subalternes, mon camarade. Tous les gredins huppés, et j’en ai serré plus d’un, sont dans ce style. Au moment de l’arrestation, bonsoir, plus personne, le cœur leur tourne. Ils se relèvent le lendemain.

— Ma parole sacrée, on dirait qu’il dort. Est-ce drôle au moins !

— Sachez, mon cher, ajouta sentencieusement le vieil agent, que rien n’est au contraire si naturel. Je suis sûr que depuis son coup cet enfant-là ne vivait plus ; il avait le feu dans le ventre. Maintenant il sait que son affaire est toisée, et le voilà tranquille.

— Farceur de M. Balan ! il appelle cela être tranquille !

— Certainement. Il n’y a pas, voyez-vous, de plus grand supplice que l’anxiété ; tout est préférable. Si vous aviez seulement dix mille livres de rente, je vous indiquerais un moyen pour en juger. Je vous dirais : Filez à Hombourg et risquez-moi toute votre fortune d’un coup, à rouge et noir. Vous me conteriez après des nouvelles de ce qu’on éprouve tant