Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/343

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fut extrêmement sensible. On le traitait, lui, comme le dernier des scélérats. Il chercha dans ses poches, elles avaient toutes été scrupuleusement vidées. Il songea alors à l’état dans lequel il se trouvait, et se jetant à bas de la couchette, il répara, autant qu’il était en lui, le désordre de sa toilette. Il rajusta ses vêtements et les épousseta, il redressa son faux-col et tant bien que mal refit le nœud de sa cravate. Versant ensuite de l’eau sur le coin de son mouchoir il le passa sur sa figure, tamponnant ses yeux dont les paupières lui faisaient mal. Enfin, il s’efforça de faire reprendre leur pli à sa barbe et à ses cheveux. Il ne se doutait guère que quatre yeux de lynx étaient fixés sur lui.

— Bon ! murmurait l’apprenti policier, voilà notre coq qui relève la crête et qui lisse ses plumes.

— Je vous disais bien, objecta M. Balan, qu’il n’était qu’engourdi… Chut !… il a parlé, je crois.

Mais ils ne surprirent ni un de ces gestes désordonnés, ni une de ces paroles incohérentes qui presque toujours échappent aux faibles que la frayeur agite, ou aux imprudents qui croient à la discrétion des « secrets. » Une fois seulement, le mot : « honneur, » prononcé par Albert, arriva jusqu’à l’oreille des deux espions.

— Ces mâtins de la haute, grommela M. Balan, ont sans cesse ce mot à la bouche, dans les commencements. Ce qui les tracasse surtout, c’est l’opinion