Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/344

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d’une douzaine d’amis et des cent mille inconnus qui lisent la Gazette des Tribunaux. Ils ne songent à leur tête que plus tard.

Quand les gendarmes arrivèrent pour chercher Albert et le conduire à l’instruction, ils le trouvèrent assis sur le bord de sa couchette, les pieds appuyés sur la barre de fer, les coudes aux genoux et la tête cachée entre ses mains.

Il se leva dès qu’ils entrèrent et fit quelques pas vers eux.

Mais sa gorge était si sèche qu’il comprit qu’il lui serait impossible de parler.

Il demanda un instant, et, revenant vers la petite table du secret, il se versa et but coup sur coup deux grands verres d’eau.

— Je suis prêt ! dit-il aussitôt après.

Et d’un pas ferme, il suivit les gendarmes le long du passage qui conduit au palais.

M. Daburon était alors au supplice. Il arpentait furieusement son cabinet et attendait son prévenu. Une fois encore, la vingtième depuis le matin, il regrettait de s’être engagé dans cette affaire.

— Qu’il soit maudit, pensait-il, l’absurde point d’honneur auquel j’ai obéi ! J’ai beau essayer de me rassurer à force de sophismes, j’ai eu tort de ne me point récuser. Rien au monde ne peut changer ma situation vis-à-vis de ce jeune homme. Je le hais. Je suis son juge, et il n’en est pas moins vrai que très-