Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/358

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— Ces choses-là, monsieur, essaya Albert, se fabriquent par quantités énormes.

— Soit, laissons cette preuve. Voyez ce bout de cigare trouvé sur le théâtre du crime, et dites-moi à quelle espèce il appartient et comment il a été fumé.

— C’est un trabucos, et on l’a fumé avec un porte-cigare.

— Comme ceux-ci, n’est-ce pas ? insista le juge en montrant les cigares et les bouts d’ambre et d’écume saisis sur la cheminée de la bibliothèque.

— Oui ! murmura Albert ; c’est une fatalité, c’est une coïncidence étrange !

— Patience ! ce n’est rien encore. L’assassin de la veuve Lerouge portait des gants. La victime, dans les convulsions de l’agonie, s’est accrochée aux mains du meurtrier, et des éraillures de peau sont restées entre ses ongles. On les a extraites, et les voici. Elles sont d’un gris-perle, n’est-il pas vrai ? Or, on a retrouvé les gants que vous portiez mardi, les voici. Ils sont gris et ils sont éraillés. Comparez ces débris à vos gants. Ne s’y rapportent-ils pas ? N’est-ce pas la même couleur, la même peau ?

Il n’y avait pas à nier, ni à équivoquer, ni à chercher des subterfuges. L’évidence était là, sautant aux yeux. Le fait brutal éclatait. Tout en paraissant s’occuper exclusivement des objets déposés sur son bureau, M. Daburon ne perdait pas de vue le pré-