Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/360

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

— Alors, dites où vous avez passé la soirée de mardi.

— Eh ! monsieur ! s’écria le prévenu, il faudrait…

Mais se reprenant presque aussitôt, il ajouta d’une voix éteinte : « J’ai répondu comme je pouvais le faire. »

M. Daburon se leva, il arrivait à son grand effet.

— C’est donc à moi, dit-il avec une nuance d’ironie, à suppléer à votre défaillance de mémoire. Ce que vous avez fait, je vais vous le rappeler. Mardi soir, à huit heures, après avoir demandé à l’alcool une affreuse énergie, vous êtes sorti de votre hôtel. À huit heures trente-cinq, vous preniez le chemin de fer à la gare de Saint-Lazare ; à neuf heures, vous descendiez à la gare de Rueil, etc., etc.

Et, s’emparant sans vergogne des idées du père Tabaret, le juge d’instruction répéta presque mot pour mot la tirade improvisée la nuit précédente par le bonhomme.

Et il avait tout lieu, en parlant, d’admirer la pénétration du vieil agent. De sa vie son éloquence n’avait produit cette formidable impression. Toutes les phrases, tous les mots portaient. L’assurance déjà ébranlée du prévenu tombait pièce à pièce, pareille à l’enduit d’une muraille qu’on crible de balles.

Albert était, et le juge le voyait, comme un homme qui, roulant au fond d’un précipice, voit céder toutes