Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/370

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— Monsieur, disait le bonhomme, au nom du ciel ! écoutez-moi. Il est innocent, je vous le jure, aidez-moi à trouver le coupable. Monsieur, songez à vos remords, si nous faisions couper le cou à…

Mais le magistrat ne voulait plus rien entendre ; il évita lestement le père Tabaret et s’élança dans la galerie.

Le bonhomme, alors, se retourna vers Constant. Il voulait le convaincre, le persuader, lui prouver… Peines perdues ! Le long greffier se hâtait de plier bagage, songeant à sa soupe qui se refroidissait.

Mis à la porte du cabinet, bien malgré lui, le père Tabaret se trouva seul dans la galerie obscure à cette heure. Tous les bruits du Palais avaient cessé, on pouvait se croire dans une vaste nécropole. Le vieux policier au désespoir s’arrachait les cheveux à pleines mains.

— Malheur ! disait-il, Albert est innocent, et c’est moi qui l’ai livré ! C’est moi, vieux fou, qui ai fait entrer dans l’esprit obtus de ce juge une conviction que je n’en puis plus arracher. Il est innocent et il endure les plus terribles angoisses. S’il allait se suicider ! On a des exemples de malheureux qui, désespérés d’être faussement accusés, se sont tués dans leur prison. Pauvre humanité ! Mais je ne l’abandonnerai pas. Je l’ai perdu, je le sauverai. Il me faut le coupable, je l’aurai. Et il payera cher mon erreur, le brigand !