Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/375

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


fut interrompu par l’entrée de M. Lubin, qui revenait du Palais en compagnie du jeune Joseph. Son succès assez vif jusque-là fut coupé net comme l’effet d’un chanteur simplement estimé lorsque le ténor-étoile entre en scène. L’assemblée entière se tourna vers le valet de chambre d’Albert, tous les yeux le supplièrent. Il devait savoir, il devenait l’homme de la situation. Il n’abusa pas de ses avantages et ne fit pas trop languir son monde.

— Quel scélérat ! s’écria-t-il tout d’abord, quel vil coquin que cet Albert !

Il supprimait carrément le « monsieur » et le « vicomte, » et généralement on l’approuva.

— Au reste, ajouta-t-il, je m’en étais toujours douté. Ce garçon-là ne me revenait qu’à demi. Voilà pourtant à quoi on est exposé tous les jours dans notre profession, et c’est terriblement désagréable. Le juge ne me l’a pas caché. « Monsieur Lubin, m’a-t-il dit, il est vraiment bien pénible pour un homme comme vous d’avoir été au service d’une pareille canaille. » Car vous savez, outre une vieille femme de plus de quatre-vingts ans, il a assassiné une petite fille d’une douzaine d’années. La petite fille, m’a dit le juge, est hachée en morceaux.

— Tout de même, objecta Joseph, il faut qu’il soit bien bête. Est-ce qu’on fait ces ouvrages-là soi-même quand on est riche, tandis qu’il y a tant de pauvres diables qui ne demandent qu’à gagner leur vie ?