Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/376

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— Bast ! affirma M. Lubin d’un ton capable, vous verrez qu’il sortira de là blanc comme neige. Les gens riches se tiennent tous.

— N’importe, dit le cuisinier, je donnerais bien un mois de mes gages pour être souris et aller écouter ce que disent là-haut monsieur le comte et le grand brun. Si on allait voir un peu dans les environs de la porte !

Cette proposition n’obtint pas la moindre faveur. Les gens de l’intérieur savaient par expérience que dans les grandes occasions l’espionnage était parfaitement inutile.

M. de Commarin connaissait les domestiques pour les pratiquer depuis son enfance. Son cabinet était à l’abri de toutes les indiscrétions.

La plus subtile oreille collée à la serrure de la porte intérieure ne pouvait rien entendre, lors même que le maître était en colère et qu’éclatait sa voix tonnante. Seul, Denis, « Monsieur le premier, » comme on l’appelait, était à portée de saisir bien des choses, mais on le payait pour être discret, et il l’était.

En ce moment, M. de Commarin était assis dans ce même fauteuil que la veille il criblait de coups de poing furieux en écoutant Albert.

Depuis qu’il avait touché le marche-pied de son équipage, le vieux gentilhomme avait repris sa morgue.