Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/382

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laisse les propos méchants tomber dans le vide. Je permets de plus à l’opinion de se familiariser avec l’idée du changement à venir. C’est beaucoup déjà que de ne pas surprendre son monde. Attendu, je n’aurai pas l’air d’un intrus en me présentant. Absent, j’ai le bénéfice qu’on a de tout temps accordé à l’inconnu, je me concilie le suffrage de tous ceux qui ont envié Albert, je me donne pour défenseurs tous les gens qui m’attaqueraient demain, si mon élévation les offusquait subitement. En outre, grâce à ce délai, je saurai m’accoutumer à mon brusque changement de fortune. Je ne dois pas porter dans votre monde, devenu le mien, les façons d’un parvenu. Il ne faut pas que mon nom me gêne comme un habit neuf qui n’aurait pas été fait à ma taille. Enfin, de cette façon, il me sera possible d’obtenir sans bruit, presque sous le manteau de la cheminée, les rectifications de l’état civil.

— Peut-être, en effet, serait-ce plus sage, murmura le comte.

Cet assentiment, si aisément obtenu, surprit Noël. Il eut comme l’idée que le comte avait voulu l’éprouver, le tenter. En tout cas, qu’il eût triomphé, grâce à son éloquence, ou qu’il eût simplement évité un piège, il était supérieur. Son assurance en augmenta ; il devint tout à fait maître de soi.

— Je dois ajouter, monsieur, continua-t-il, que j’ai moi-même certaines transitions à ménager. Avant