Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/383

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de me préoccuper de ceux que je vais trouver en haut, je dois m’inquiéter de ce que je laisse en bas. J’ai des amis et des clients. Cet événement vient me surprendre lorsque je commence à recueillir les fruits de dix ans de travaux et de persévérance. Je n’ai fait encore que semer, j’allais récolter. Mon nom surnage déjà, j’arrive à une petite influence. J’avoue, sans honte, que j’ai jusqu’ici professé des idées et des opinions qui ne seraient pas de mise à l’hôtel de Commarin, et il est impossible que du jour au lendemain…

— Ah ! interrompit le comte d’un ton narquois, vous êtes libéral ? C’est une maladie à la mode. Albert aussi était fort libéral.

— Mes idées, monsieur, dit vivement Noël, étaient celles de tout homme intelligent qui veut parvenir. Au surplus, tous les partis n’ont-ils pas un seul et même but, qui est le pouvoir ? Ils ne diffèrent que par les moyens d’y arriver. Je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet. Soyez sûr, monsieur, que je saurai porter mon nom, et penser et agir comme un homme de mon rang.

— Je l’entends bien ainsi, dit M. de Commarin, et j’espère n’avoir jamais lieu de regretter Albert.

— Au moins, monsieur, ne serait-ce pas ma faute. Mais, puisque vous venez de prononcer le nom de cet infortuné, souffrez que nous nous occupions de lui.