Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/398

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— J’y vais, répondit-il vivement.

— Que décidez-vous, monsieur, insista la religieuse ?

— Je vous laisse libre, ma sœur, vous ferez ce que vous jugerez convenable.

La digne fille commença la leçon du remerciement, mais inutilement, Noël avait disparu d’un air mécontent et presque aussitôt elle entendit sa voix dans l’antichambre. Il disait :

— Enfin, vous voici, monsieur Clergeot ; je renonçais presque à vous voir.

Ce visiteur qu’attendait l’avocat est un personnage bien connu dans la rue Saint-Lazare, du côté de la rue de Provence, dans les parages de Notre-Dame-de-Lorette, et tout le long des boulevards extérieurs depuis la chaussée des Martyrs jusqu’au rond-point de l’ancienne barrière de Clichy.

M. Clergeot n’est pas plus usurier que le père de M. Jourdain n’était marchand. Seulement, comme il a beaucoup d’argent et qu’il est fort obligeant, il en prête à ses amis, et, en récompense de ce service, il consent à recevoir des intérêts qui peuvent varier entre quinze et cinq cents pour cent.

Excellent homme, il affectionne positivement ses pratiques, et sa probité est généralement appréciée. Jamais il n’a fait saisir un débiteur ; il préfère le poursuivre sans trêve et sans relâche pendant dix ans et lui arracher bribe à bribe ce qui lui est dû.