Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/416

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Non, disait Noël, non, M. Tabaret, Albert n’a pas l’opinion pour lui. Nous sommes plus forts que cela en France, vous devez le savoir. Qu’on arrête un pauvre diable, fort innocent peut-être du crime qu’on lui impute, volontiers nous le lapiderions. Nous réservons toute notre pitié pour celui qui, très-probablement coupable, arrive à la cour d’assises. Tant que la justice doute, nous sommes avec elle contre le prévenu ; dès qu’il est avéré qu’un homme est un scélérat, toutes nos sympathies lui sont acquises. Voilà l’opinion. Vous comprenez qu’elle ne me touche guère. Je la méprise à ce point, que si, comme j’ose l’espérer encore, Albert n’est pas relâché, c’est moi, entendez-vous, qui serai son défenseur. Oui, je le disais tantôt à mon père, au comte de Commarin, je serai son avocat et je le sauverai.

Volontiers le bonhomme eût sauté au cou de Noël. Il mourait d’envie de lui dire : « Nous serons deux pour le sauver. » Il se contint. L’avocat, après un aveu, ne le mépriserait-il pas ? Il se promit pourtant de se dévoiler, si cela devenait nécessaire et si les affaires d’Albert prenaient une plus fâcheuse tournure. Pour le moment, il se contenta d’approuver de toutes ses forces son jeune ami.

— Bravo ! mon enfant, fit-il, voilà qui est d’un noble cœur. J’avais craint de vous voir gâté par les richesses et les grandeurs ; réparation d’honneur. Vous resterez, je le sens, ce que vous étiez dans un