Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/434

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justification de sa conduite à lui, juge. L’affaire s’envenimait comme une question personnelle.

En effet, le prévenu innocent, il devenait inexcusable à ses propres yeux. Et à mesure qu’il se faisait des reproches plus vifs, et que grandissait le sentiment de ses torts, il était plus disposé à tout tenter pour convaincre cet ancien rival, à abuser même de son pouvoir. La logique des événements l’entraînait. Il semblait que son honneur même fût en jeu, et il déployait une activité passionnée qu’on ne lui avait jamais vue pour aucune autre instruction.

Toute la journée du dimanche, M. Daburon la passa à écouter les rapports des agents à Bougival.

Ils s’étaient donné, affirmaient-ils, beaucoup de mal ; pourtant ils ne rapportaient aucun renseignement nouveau.

Ils avaient bien ouï parler d’une femme qui prétendait, disait-on, avoir vu l’assassin sortir de chez la veuve Lerouge ; mais cette femme, personne n’avait pu la leur désigner positivement ni leur dire son nom.

Mais tous croyaient de leur devoir d’apprendre au juge qu’une enquête se poursuivait en même temps que la leur. Elle était dirigée par le père Tabaret, qui parcourait le pays en tous sens dans un cabriolet attelé d’un cheval très-rapide. Il avait dû agir avec une furieuse promptitude, car partout où ils s’étaient présentés on l’avait déjà vu. Il paraissait avoir sous ses