Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/444

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ves qu’il n’en faut pour le faire condamner. Les charges qui s’élèvent contre lui sont aussi impossibles à nier que le jour qui nous éclaire.

— Eh bien ! moi, interrompit mademoiselle d’Arlange d’une voix où vibrait toute son âme, je vous affirme, je vous répète que la justice se trompe. Oui, insista-t-elle en surprenant un geste de dénégation du juge, oui, il est innocent. J’en serais sûre et je le proclamerais alors même que toute la terre se lèverait pour l’accuser avec vous. Ne voyez-vous donc pas que je le connais mieux qu’il ne peut se connaître lui-même, que ma foi en lui est absolue comme celle que j’ai en Dieu, que je douterais de moi avant de douter de lui !…

Le juge d’instruction essaya timidement une objection. Claire lui coupa la parole.

— Faut-il donc, monsieur, dit-elle, que pour vous convaincre j’oublie que je suis une jeune fille, et que ce n’est pas à ma mère que je parle, mais à un homme ! Pour lui je le ferai. Il y a quatre ans, monsieur, que nous nous aimons et que nous nous le sommes dit. Depuis ce temps, je ne lui ai pas dissimulé une seule de mes pensées, il ne m’a pas caché une des siennes. Depuis quatre ans, nous n’avons pas eu l’un pour l’autre de secret ; il vivait en moi comme je vivais en lui. Seule, je puis dire combien il est digne d’être aimé. Seule je sais tout ce qu’il y a de grandeur d’âme, de noblesse de pensée, de géné-