Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/443

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tendre. Mieux vaut que vous appreniez tout de la bouche d’un ami. Rassemblez donc toute votre énergie, affermissez votre âme si noble contre le plus horrible malheur. Non, il n’y a pas de malentendu, non, la justice ne se trompe pas. M. le vicomte de Commarin est accusé d’un assassinat, et tout, m’entendez-vous, tout prouve qu’il l’a commis.

Comme un médecin qui verse goutte à goutte un breuvage dangereux, M. Daburon avait prononcé lentement, mot à mot, cette dernière phrase. Il épiait de l’œil les conséquences, prêt à s’arrêter si l’effet en était trop fort. Il ne supposait pas que cette jeune fille, craintive à l’excès, d’une sensibilité presque maladive, pût écouter sans faiblir une pareille révélation. Il s’attendait à une explosion de désespoir, à des larmes, à des cris déchirants. Peut-être s’évanouirait-elle, et il se tenait prêt à appeler la bonne Schmidt.

Il se trompait. Claire se leva comme mue par un ressort, admirable d’énergie et de vaillance. La flamme de l’indignation empourprait sa joue et avait séché ses larmes.

— C’est faux ! s’écria-t-elle, et ceux qui disent cela en ont menti. Il ne peut pas, non, il ne peut pas être un assassin. Il serait là, monsieur, et lui-même il me dirait : « C’est vrai, » que je refuserais de le croire, je crierais encore : C’est faux !…

— Il n’a pas encore avoué, continua le juge, mais il avouera. Et quand même !… Il y a plus de preu-