Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/447

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— Peut-être, répondit le juge, et cependant les circonstances du crime dénotent une savante préméditation. Croyez-moi donc, mademoiselle, doutez. Attendez en priant l’issue de cette affreuse affaire. Écoutez ma voix, c’est celle d’un ami. Jadis vous avez eu en moi la confiance qu’une fille accorde à son père, vous me l’avez dit : ne repoussez pas mes conseils. Gardez le silence, attendez. Cachez à tous votre légitime douleur, vous pourriez plus tard vous repentir de l’avoir laissée éclater. Jeune, sans expérience, sans guide, sans mère, hélas ! vous avez mal placé vos premières affections…

— Non, monsieur, non, balbutia Claire. Ah ! ajouta-t-elle, vous parlez comme le monde, ce monde prudent et égoïste que je méprise et que je hais.

— Pauvre enfant ! continua M. Daburon, impitoyable avec sa compassion, malheureuse jeune fille ! Voici votre première déception. On n’en saurait imaginer de plus terrible, peu de femmes sauraient l’accepter. Mais vous êtes jeune, vous êtes vaillante, votre vie ne sera point brisée. Plus tard, vous aurez horreur du crime. Il n’est pas, je le sais par moi-même, de blessure que le temps ne cicatrise.

Claire avait beau prêter toute son attention aux paroles du juge, elles arrivaient à son esprit comme un bruit confus, et le sens lui en échappait.

— Je ne vous comprends plus, monsieur, interrompit-elle, quel conseil me donnez-vous donc ?