Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/448

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— Le seul que dicte la raison et que me puisse inspirer mon affection pour vous, mademoiselle. Je vous parle en frère tendre et dévoué. Je vous dis : courage, Claire, résignez-vous au plus douloureux, au plus immense sacrifice que puisse exiger l’honneur d’une jeune fille. Pleurez, oui, pleurez votre amour profané, mais renoncez-y. Priez Dieu qu’il vous envoie l’oubli. Celui que vous avez aimé n’est plus digne de vous.

Le juge s’arrêta un peu effrayé. Mademoiselle d’Arlange était devenue livide.

Mais, si le corps ployait, l’âme tenait bon encore.

— Vous disiez tout à l’heure, murmura-t-elle, qu’il n’a pu commettre ce forfait que dans un moment d’égarement, dans un accès de folie.

— Oui, cela est admissible.

— Mais alors, monsieur, n’ayant su ce qu’il faisait, il ne serait pas coupable.

Le juge d’instruction oublia certaine question inquiétante qu’il se posait un matin, dans son lit, après sa maladie.

— Ni la justice, ni la société, mademoiselle, répondit-il, ne peuvent apprécier cela. À Dieu seul, qui voit au fond des cœurs, il appartient de juger, de décider ces questions qui passent l’entendement humain. Pour nous, M. de Commarin est criminel. Il se peut qu’en raison de certaines considérations on adoucisse le châtiment, l’effet moral sera le même.