Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/458

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Un jour, il m’en souvient, vous m’avez déclaré votre amour. Il m’a paru sincère et profond ; il m’a touchée. J’ai dû le repousser parce que j’en aimais un autre, et je vous ai plaint. Voici maintenant que cet autre est accusé d’un assassinat, et c’est vous qui êtes son juge ; et je me trouve moi entre vous deux, vous priant pour lui. Accepter d’être juge, c’était consentir à être tout pour lui, et on dirait que vous êtes contre !

Chacune des phrases de Claire tombait sur le cœur de M. Daburon, comme des soufflets sur sa joue.

Était-ce bien elle qui parlait ? D’où lui venait cette audace soudaine qui lui faisait rencontrer toutes ces paroles qui trouvaient un écho en lui ?

— Mademoiselle, dit-il, la douleur vous égare. À vous seule je puis pardonner ce que vous venez de dire. Votre ignorance des choses vous rend injuste. Vous pensez que le sort d’Albert dépend de mon bon plaisir, vous vous trompez. Me convaincre n’est rien, il faut encore persuader les autres. Que je vous croie, moi, c’est tout naturel, je vous connais. Mais les autres ajouteront-ils foi à votre témoignage quand vous arriverez à eux avec un récit vrai, je le crois, très vrai, mais enfin invraisemblable ?

Les larmes vinrent aux yeux de Claire.

— Si je vous ai offensé injustement, monsieur, dit-elle, pardonnez-moi, le malheur rend mauvais.