Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/457

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— Avant tout, mademoiselle, répondit-il sévèrement, je suis magistrat et j’ai un devoir à remplir. Un crime est commis, tout me dit que M. Albert de Commarin est coupable, je l’arrête. Je l’interroge et je relève contre lui des indices accablants. Vous venez me dire qu’ils sont faux, cela ne suffit pas. Tant que vous vous êtes adressée à l’ami, vous m’avez trouvé bienveillant et attendri. Maintenant c’est au juge que vous parlez, et c’est le juge qui vous répond : Prouvez !

— Ma parole, monsieur…

— Prouvez !…

Mademoiselle d’Arlange se leva lentement, attachant sur le juge un regard plein d’étonnement et de soupçons.

— Seriez-vous donc heureux, monsieur, demanda-t-elle, de trouver Albert coupable ? Vous serait-il donc bien doux de le faire condamner ? Auriez-vous de la haine contre cet accusé dont le sort est entre vos mains, monsieur le juge ? C’est qu’on le dirait presque. Pouvez-vous répondre de votre impartialité ? Certains souvenirs ne pèsent-ils pas lourdement dans votre balance ? Est-il sûr que ce n’est pas un rival que vous poursuivez armé de la loi ?

— C’en est trop ! murmurait le juge, c’en est trop !

— Savez-vous, poursuivait Claire froidement, que notre situation est rare et périlleuse en ce moment ?