Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/462

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tout garni de morceaux de verre cassé, de plus les branches des acacias font comme une haie dessus. Mais il se moqua de mes craintes et me dit qu’à moins d’une défense expresse de ma part il allait tenter l’escalade. Je n’osai pas dire non, et il se risqua. J’avais bien peur, je tremblais comme la feuille. Par bonheur, il est très-leste, il passa sans se faire mal. Ce qu’il voulait, monsieur, c’était m’annoncer la catastrophe qui nous frappait. Nous nous sommes assis d’abord sur le petit banc, vous savez, qui est devant le bosquet ; puis, comme la pluie tombait, nous nous sommes réfugiés sous le pavillon rustique. Il était plus de minuit quand Albert m’a quittée, tranquille et presque gai. Il s’est retiré par le même chemin, seulement avec moins de danger, parce que je l’ai forcé de prendre l’échelle du jardinier, que j’ai couchée le long du mur quand il a été de l’autre côté.

Ce récit, fait du ton le plus simple et le plus naturel, confondait M. Daburon. Que croire ?

— Mademoiselle, demanda-t-il, la pluie avait-elle commencé lorsque M. Albert a franchi le mur ?

— Pas encore, monsieur. Les premières gouttes sont tombées lorsque nous étions sur le banc, je me le rappelle fort bien, parce qu’il a ouvert son parapluie et que j’ai pensé à Paul et Virginie.

— Accordez-moi une minute, mademoiselle, dit le juge.