Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/483

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— Oui, monsieur, répondit d’une voix dure le vieux soldat, qui s’était avancé, lui aussi.

À tout autre moment le comte aurait remarqué le ton de ce vieillard et s’en serait choqué. Il ne leva même pas les yeux sur lui. Il restait insensible à tout. N’était-elle pas là, à deux pas de lui. Sa pensée anéantissait le temps. Il lui semblait que c’était hier qu’il l’avait quittée pour la dernière fois.

— Je voudrais bien la voir, demanda-t-il presque timidement.

— Cela est impossible, répondit le militaire.

— Pourquoi ? balbutia le comte.

— Au moins, reprit le soldat, laissez-la mourir en paix, M. de Commarin.

Le comte se recula comme s’il eût été menacé. Ses yeux rencontrèrent ceux du vieux soldat, il les baissa ainsi qu’un coupable devant son juge.

— Mais rien ne s’oppose à ce que Monsieur entre chez madame Gerdy, reprit le médecin, qui voulut ne rien voir. Elle ne s’apercevra probablement pas de sa présence, et quand même…

— Oh ! elle ne s’apercevra de rien, appuya le prêtre, je viens de lui parler, de lui prendre la main, elle est restée insensible.

Le vieux soldat réfléchissait profondément.

— Entrez, dit-il enfin au comte, peut-être est-ce Dieu qui le veut.