Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/505

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redoutais. En ce cas, autant qu’on peut répondre de soi, je crois que je n’aurais pas prononcé son nom.

Il n’y avait là nulle apparence de bravade. Ce qu’Albert disait, il le pensait et le sentait. M. Daburon regretta son ton ironique.

— Monsieur, reprit-il d’une voix bienveillante, on va vous reconduire en prison. Je ne puis rien vous dire encore, cependant vous ne serez plus au secret. On vous traitera avec tous les égards dus à un prisonnier dont l’innocence peut paraître probable.

Albert s’inclina et remercia. Son gardien revint le prendre.

— Qu’on fasse venir Gévrol, maintenant, dit le juge à son greffier.

Le chef de la sûreté était absent, on venait de le mander à la préfecture, mais son témoin, l’homme aux boucles d’oreilles, attendait dans la galerie.

On lui dit d’entrer chez le juge.

C’était un de ces hommes courts et ramassés sur eux-mêmes, robustes comme les chênes, bâtis à chaux et à sable, qui peuvent porter jusqu’à trois pochées de blé sur leurs épaules bombées.

Ses cheveux et ses favoris blancs faisaient paraître plus dur et plus foncé son teint hâlé, grillé, tanné par les intempéries des saisons, par le vent de la mer et par le soleil des tropiques.

Il avait de larges mains, noires, dures, calleuses,