Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/512

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a une femme qu’on aime ! On la voit comme à travers ces brouillards qui changent en palais et en églises les rochers de la côte, si bien que les novices s’y trompent. Pendant deux ans, sauf quelques castilles de rien, tout alla bien. Claudine me manœuvrait comme un youyou. Ah ! elle était futée, elle m’aurait pris, lié, porté au marché et vendu, que je n’y aurais vu que du feu. Son grand défaut, c’était d’être coquette. Tout ce que je gagnais, et mes affaires marchaient fort, elle se le mettait sur le dos. C’étaient tous les dimanches parure nouvelle, robes, joyaux, bonnets, des affiquets du diable que les marchands inventent pour la perdition des femmes. Les voisins en jasaient, mais moi, je trouvais cela bien. Pour le baptême du fils qu’elle m’avait donné, qui fut nommé Jacques, du nom de mon père, j’avais pour lui plaire, donné la volée à mes économies de garçon, plus de 300 pistoles que je destinais à acheter un pré qui m’endiablait parce qu’il était enclavé dans des parcelles à nous appartenant.

M. Daburon bouillait d’impatience, mais que faire ?

— Allez, allez donc ! disait-il toutes les fois que Lerouge faisait seulement mine de s’arrêter.

— Donc, poursuivit le marin, j’étais content assez, lorsqu’un matin je vis tourner autour de chez nous un domestique de chez M. le comte de Commarin, dont le château est à un quart de lieue de chez nous, de l’autre côté du bourg. C’était un particulier qui