Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/52

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cela, mes plus grands efforts ne parvenaient pas à le contenter. Dieu sait ce que j’ai souffert !

Je n’étais pas né pour vivre et vieillir seul comme un chien. J’ai la bosse de la famille. Mon rêve aurait été de me marier, d’adorer une bonne femme, d’en être un peu aimé et de voir grouiller autour de moi des enfants bien venants. Mais bast… quand ces idées me serraient le cœur à m’étouffer et me tiraient une larme ou deux, je me révoltais contre moi. Je me disais : mon garçon, quand on ne gagne que trois mille francs par an, et qu’on possède un vieux père chéri, on étouffe ses sentiments et on reste célibataire. Et cependant j’avais rencontré une jeune fille ! Tenez, il y a trente ans de cela : eh bien ! regardez-moi, je dois ressembler à une tomate… Elle s’appelait Hortense. Qui sait ce qu’elle est devenue ! Elle était belle et pauvre. Enfin j’étais un vieillard lorsque mon père est mort, le misérable, le…

— M. Tabaret ! interrompit le juge, oh ! M. Tabaret !

— Mais puisque je vous affirme que je lui ai donné son absolution ! M. le juge. Seulement, vous allez comprendre ma colère. Le jour de sa mort, j’ai trouvé dans son secrétaire une inscription de vingt mille francs de rentes !…

— Comment ! il était riche ?

— Oui, très-riche, car ce n’était pas là tout. Il possédait près d’Orléans une propriété affermée six