Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/521

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pressait, le harcelait, comme le fouet qui cingle les reins du nègre écrasé de fatigue.

— La blessure du petit était terrible, poursuivit-il ; elle saignait affreusement, il pouvait en mourir. Je me m’arrêtais pas à cela. Je ne m’inquiétais que de l’avenir, de ce qui arriverait peut-être plus tard. Je déclarai que j’allais écrire ce qui venait de se passer et que nous signerions tous. Ce fut fait. Nous savions écrire tous quatre. Germain n’osa pas résister, je parlais mon couteau à la main. Il mit son nom le premier, me conjurant seulement de ne rien dire au comte, jurant que pour sa part il ne soufflerait mot, faisant promettre à l’autre nourrice de se taire.

— Et vous avez gardé cette déclaration ? demanda M. Daburon.

— Oui, monsieur, et comme l’homme de la police à qui j’ai tout avoué m’a recommandé de la prendre avec moi, je suis allé la retirer de l’endroit où je l’avais cachée, et je l’ai là.

— Donnez.

Lerouge sortit de la poche de sa veste un vieux portefeuille de parchemin attaché avec une lanière de cuir, et en tira un pli jauni par les années et soigneusement cacheté.

— Voici, dit-il. Le papier n’a pas été ouvert depuis cette nuit maudite.

En effet, lorsque le juge le déplia, il vit tomber