Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/528

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— Avez-vous eu des soupçons sur quelqu’un ? insista le juge.

— Dame ! monsieur, répondit le marin, que voulez-vous que je vous dise ! J’ai pensé que Claudine avait fini par lasser les gens de qui elle tirait de l’argent comme de l’eau d’un puits, ou bien qu’étant soûle elle avait parlé trop.

Les renseignements étaient aussi complets que possible, M. Daburon congédia Lerouge en lui recommandant d’attendre Gévrol, qui le conduirait à un hôtel où il se tiendrait jusqu’à nouvel ordre à la disposition de la justice.

— Vous serez indemnisé de vos dépenses, ajouta le juge.

Lerouge avait à peine tourné les talons qu’un fait grave, prodigieux, inouï, sans précédent se produisit dans le cabinet du juge d’instruction.

Constant, le sérieux, l’impassible, l’immobile, le sourd-muet Constant se leva et parla.

Il rompit un silence de quinze années, il s’oublia jusqu’à émettre une opinion.

Il dit :

— Voilà, monsieur, une surprenante affaire !

Bien surprenante, en effet, pensait M. Daburon, et bien faite pour dérouter toutes les prévisions, pour renverser toutes les opinions préconçues.

Pourquoi, lui juge, avait-il agi avec cette déplorable précipitation ? Pourquoi, avant de rien risquer,