Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/530

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Le singulier dans tout cela, c’est que les fautes du juge d’instruction provenaient de son honnêteté même. Il avait été égaré par une trop grande délicatesse de conscience. Les scrupules qui le tracassaient lui avaient rempli l’esprit de fantômes et l’avaient poussé à l’animosité passionnée par lui déployée à un certain moment.

Devenu plus calme, il examinait sainement les choses. En somme, grâce à Dieu ! rien n’était irréparable. Il ne s’en adressait pas moins les plus dures admonestations. Le hasard seul l’avait arrêté. En ce moment même, il se jurait bien que cette instruction serait pour lui la dernière. Sa profession lui inspirait désormais une invincible horreur. Puis, son entretien avec Claire avait rouvert toutes les blessures de son cœur, et elles saignaient plus douloureuses que jamais. Il reconnaissait avec accablement que sa vie était brisée, finie. Un homme peut se dire cela quand toutes les femmes ne lui sont rien, hormis une seule qu’il ne peut espérer posséder.

Trop religieux pour songer au suicide, il se demandait avec angoisse ce qu’il deviendrait plus tard, quand il aurait jeté aux orties sa robe de juge.

Puis il revenait à l’affaire présente. Dans tous les cas, innocent ou coupable, Albert était bien le vicomte de Commarin, le fils légitime du comte. Mais était-il coupable ? Évidemment non.

— J’y songe ! s’écria tout à coup le juge, il faut que