Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/536

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puis l’autre jour ? Ah ! vieux malin, je vois bien que c’est à ma place que vous en voulez !

Hélas ! le bonhomme était cruellement changé.

La conscience de son erreur le rendait humble et doux. Ces plaisanteries qui jadis l’exaspéraient ne le touchaient pas. Bien loin de se rebiffer, il baissa le nez d’un air si contrit que Gévrol en fut étonné.

— Raillez-moi, mon bon monsieur Gévrol, répondit-il, moquez-vous de moi impitoyablement, vous aurez raison, je l’ai bien mérité.

Ah çà ! reprit l’agent, nous avons donc fait quelque nouveau chef-d’œuvre, vieux passionné ?

Le père Tabaret branla tristement la tête.

— J’ai livré un innocent, dit-il, et la justice ne veut plus me le rendre.

Gévrol était ravi, il se frottait les mains à s’enlever l’épiderme.

— C’est très-fort cela, chantonnait-il, c’est très-adroit. Faire condamner des coupables, fi donc ! c’est mesquin. Mais faire raccourcir des innocents, bigre ! c’est le dernier mot de l’art. Papa Tirauclair, vous êtes pyramidal, et je m’incline.

Et en même temps il ôta ironiquement son chapeau.

— Ne m’accablez pas, reprit le bonhomme. Que voulez-vous, malgré mes cheveux gris, je suis jeune dans le métier. Parce que le hasard m’a servi trois ou quatre fois, j’en suis devenu bêtement orgueilleux.