Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/537

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Je reconnais trop tard que je ne suis pas ce que je croyais ; je suis un apprenti à qui le succès a fait tourner la cervelle, tandis que vous, monsieur Gévrol, vous êtes notre maître à tous. Au lieu de me railler, de grâce, secourez-moi, aidez-moi de vos conseils et de votre expérience. Seul, je n’en sortirai pas, au lieu qu’avec vous !…

Gévrol est superlativement vaniteux.

La soumission de Tabaret, qu’au fond il estimait très-fort, chatouilla délicieusement ses prétentions policières.

Il s’humanisa.

— J’imagine, dit-il d’un ton protecteur, qu’il s’agit de l’affaire de La Jonchère ?

— Hélas ! oui, cher monsieur Gévrol, j’ai voulu marcher sans vous, et il m’en cuit.

Le vieux finaud de Tabaret gardait la mine contrite d’un sacristain surpris à faire gras le vendredi, mais, au fond, il riait, il jubilait.

— Niais vaniteux, pensait-il, je te casserai tant d’encensoirs sur le nez que tu finiras bien par faire tout ce que je voudrai.

M. Gévrol se grattait le nez, tout en avançant la lèvre inférieure et en faisant : « Euh ! euh ! »

Il feignait d’hésiter, heureux de prolonger la délicate jouissance que lui procurait la confusion du bonhomme.

— Voyons, dit-il enfin, déridez-vous, papa Tirau-