Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/541

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n’ai jamais connu à Noël que deux passions, sa mère et le travail. Et j’ose effleurer d’un soupçon ce caractère si noble ! Je devrais me battre ! Vieille bête ! tu ne trouves sans doute pas assez terrible la leçon que tu viens de recevoir ! Que faut-il donc pour te rendre plus circonspect ?

Il raisonnait ainsi, s’efforçant de refouler ses inquiétudes, contraignant ses habitudes d’investigation, mais au fond de lui-même une voix taquinante murmurait : Si c’était Noël ?

Le père Tabaret était arrivé rue Saint-Lazare.

Devant sa porte stationnait le plus élégant coupé bleu attelé d’un cheval magnifique. Machinalement il s’arrêta.

— Bel animal, dit-il, mes locataires reçoivent des gens bien.

Ils recevaient des gens mal aussi, car il formulait à peine cette réflexion qu’il vit sortir M. Clergeot, l’honnête M. Clergeot, dont la présence dans une maison y trahit une ruine aussi sûrement que la présence des employés des pompes funèbres y annonce une mort.

Le vieux policier, qui connaît toute la terre, connaissait admirablement l’honnête banquier. Même il avait eu des relations avec lui, autrefois, lorsqu’il collectionnait des livres. Il l’arrêta.

— Vous voilà ! vieux crocodile, lui dit-il, vous avez donc des pratiques dans ma maison ?