Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/540

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


tances si surprenantes. Il devait, aussi bien que le comte, croire à une substitution. Ces faits, madame Gerdy les ignorait aussi, on aura inventé quelque histoire pour expliquer la cicatrice. Oui, mais madame Gerdy savait à n’en pas douter que Noël était bien son fils à elle. En le reprenant, elle a dû vérifier les signes. Quand Noël a trouvé les lettres du comte, elle se sera empressée de lui expliquer…

Le père Tabaret s’arrêta aussi court que si son chemin eût été barré par le plus effroyable reptile.

Il était épouvanté de sa conclusion, qui disait :

— Noël aurait donc assassiné la femme Lerouge pour l’empêcher de confesser que la substitution n’avait pas eu lieu, et il aurait brûlé les lettres et les papiers qui le prouvaient !

Mais il repoussa avec horreur cette probabilité comme un honnête homme chasse une détestable pensée qui, par hasard, sillonne son esprit.

— Vieux crétin que je suis, exclamait-il en reprenant sa course, voilà pourtant la conséquence de l’affreux métier que je me faisais gloire d’exercer ! Soupçonner Noël, mon enfant, mon légataire universel, la vertu et l’honneur incarnés ici-bas ! Noël, que dix ans de relations constantes, de vie presque commune, m’ont appris à estimer, à admirer au point que je répondrais de lui comme de moi-même ! Il faut de terribles passions pour pousser, à verser le sang, les hommes d’une certaine condition, et je