Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/578

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Là seulement la jeune femme put voir le visage de son amant.

Il était si changé, sa physionomie était à ce point bouleversée qu’elle ne put retenir un cri :

— Qu’y a-t-il ?

Noël ne répondit pas ; il s’avança vers elle et lui prit la main.

— Juliette, demanda-t-il d’une voix rauque en la fixant avec des yeux enflammés, Juliette, sois sincère, m’aimes-tu ?

Elle devinait, elle sentait qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire ; elle respirait une atmosphère de malheur, cependant elle voulut minauder encore.

— Méchant, répondit-elle en allongeant ses lèvres provocantes, vous mériteriez bien…

— Oh ! assez ! interrompit Noël en frappant du pied avec une violence inouïe. Réponds, poursuivit-il en serrant à les briser les jolies mains de sa maîtresse, un oui ou un non, m’aimes-tu ?

Cent fois elle avait joué avec la colère de son amant, se plaisant à l’exciter jusqu’à la fureur pour savourer le plaisir de l’apaiser d’un mot, mais jamais elle ne l’avait vu ainsi.

Il venait de lui faire mal, bien mal, et elle n’osait se plaindre de cette brutalité, la première.

— Oui, je t’aime ! balbutia-t-elle ; ne le sais-tu pas, pourquoi le demander ?