Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/577

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touchait au but. Comment ? Par qui ? Quelle fatalité avait ressuscité un secret qu’il croyait enseveli avec madame Gerdy ?

Mais à quoi bon, quand on est au fond de l’abîme, savoir quelle pierre a fait trébucher, se demander par quelle pente on y a roulé ?

Le fiacre s’arrêta rue de Provence.

Noël allongea la tête à la portière, explorant les environs, sondant du regard les profondeurs du vestibule de la maison.

Ne découvrant rien, il paya la course sans sortir de la voiture, par le carreau du devant, et, franchissant d’un bond le trottoir, il s’élança dans l’escalier.

Charlotte, à sa vue, eut une acclamation de joie.

— C’est monsieur ! s’écria-t-elle, ah ! madame attendait monsieur avec une fameuse impatience, elle était joliment inquiète !

Juliette attendre ? Juliette inquiète ?

L’avocat ne songeait pas à interroger. Il semblait qu’en touchant ce seuil il eût subitement recouvré tout son sang-froid. Il mesurait son imprudence, il sentait la valeur exacte des minutes.

— Si on sonne, dit-il à Charlotte, n’ouvrez pas. Quoi qu’on fasse ou qu’on dise, n’ouvrez pas !

À la voix de Noël, madame Juliette était accourue. Il la repoussa brusquement dans le salon et l’y suivit en refermant la porte.